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Cet article est ma traduction en français d’un billet que Mark Shuttleworth à publié en anglais sur son blog le 23 janvier 2007.

Nous avons assisté hier, à la plus extraordinaire faillite du commandement économique de ces dernières années, lorsque la Fed (Réserve fédérale des États-Unis) a appuyé sur le bouton « morphine » et à baissé ses taux de 0,75 %. Cela ne servira à rien.

Ce sont des moments extrêmement éprouvants et jusqu’à maintenant, la Fed dirigée par Bernanke n’a pas fait ses preuves. Les historiens pourraient bien attribuer la responsabilité de la détresse actuelle à Alan Greenspan, qui fut le premier a expérimenter l’utilisation de la morphine pour soulager de la douleur économique, mais le cas échéant ils devront également lui reconnaître une certaine modération dans sa prescription. Pendant que Greenspan occupait ses fonctions à la Fed, les grands économistes étaient convaincus que la solution à la détresse du marché était d’assurer au système financier l’accès à de l’argent facile.

Cela s’est montré efficace dans le court terme. Lorsque le LTCM (Long Term Capital Management) était prêt à exploser (les investissements privés, terriblement endettés, furent gérés par des théoriciens prix Nobel de finance qui parièrent sur quelque chose de sur qui ne donna pas vraiment le résultat escompté) Greenspan mis de l’ordre dans ses affaires. Lorsque la bulle Internet éclata, Greenspan préserva la vitalité du système financier en baissant les taux autant qu’il était possible de le faire, pendant une longue période, jusqu’à atteindre des seuils négatifs.

Un taux d’intérêt réel négatif signifie que nous sommes en fait rémunéré pour contracter des emprunts. Cela peut sembler bien, mais que ressentiriez-vous si j’utilisais les mots « payés pour prendre quelques doses de crack en plus » ? Le problème sous-jacent était que les gens s’étaient habitués à des taux de rémunérations élevés et ne voulaient pas accepter que les taux de rémunérations réels soient en train de baisser aux États-Unis. Ils s’étaient accoutumés à de l’argent facile et la politique de Greenspan assurait que l’argent restait disponible alors même que les gens ne savaient pas investir correctement cet argent facile.

Les taux bas incitent les gens à investir dans des actions, même si ces actions ne rapportent pas beaucoup. Cela entraîna rapidement une hausse du cours des actions et l’effet fut amplifié par des taux bas qui accentuaient les bénéfices des sociétés. Ce fut un soi-disant « atterrissage en douceur » – désastre évité. Greenspan connaissait forcément les risques, mais il lui a manqué le gros signal d’avertissement qui l’aurait probablement convaincu de revenir à des taux normaux : l’inflation. Les taux bas et en particulier les taux négatifs, ont historiquement mené à l’inflation. Greenspan a maintenu les taux bas parce qu’il n’y avait pas de signe d’inflation. On aurait dit que les États-Unis étaient entrés dans une nouvelle ère où la corrélation entre les taux et l’inflation n’existait plus. Les gens expliquaient ce phénomène en disant que les États-Unis avaient considérablement amélioré leur productivité (l’amélioration de la productivité est une sorte de médicament anti-inflation). Maintenant, avec du recul, il s’avère que la vraie raison de l’absence d’inflation était que les chinois avaient énormément amélioré leur productivité et que les consommateurs américains dépensaient beaucoup en achetant des marchandises chinoises ce qui fait que c’est la croissance de la productivité chinoise, non pas la croissance de la productivité américaine, qui maintenait les prix américains bas.

Lorsque les choses se calmèrent et alors que les gens auraient dû profiter de la pause pour assainir leurs affaires, Greenspan leur à permis de se mettre facilement dans une situation encore pire. L’argent facile avait rendu les prix du marché des actions artificiellement hauts, de sorte que les investisseurs se sentaient riches. Pire, l’argent facile avait fait monter artificiellement le prix de l’immobilier (d’environ 45 %), au point que tout le monde se sentait plus riche qu’il ne l’avait prévu ou espéré.

Pour dégrader encore plus la situation, une série d’innovations financières engendra toute une industrie conçue pour aider les gens à se ré-endetter pour leurs maisons. Je me rappelle avoir essayé de regarder la TV aux États-Unis et j’avais été stupéfait par le nombre de publicités pour les « prêts hypothécaires ». Ils donnaient l’impression que la mutation de votre principal actif – l’achat de votre maison – en GAB était une bonne chose. En fait, c’était un moyen de dépenser toute votre richesse. Et avec l’inflation sur le prix de l’immobilier, c’était une façon de dépenser de l’argent que vous n’aviez pas vraiement. Un moyen pratique de plonger votre famille dans un profond et sombre endettement. Le résultat ? L’américain moyen possède moins sa maison qu’il y a 30 ans – 55 % contre 68 %. L’argent facile appauvrit les gens. La société avec les publicités les plus énervantes, Ditech (et je suis confus de contribuer à la notoriété de leur site Web en les citant, peut-être serait-t-il préférable de faire un lien vers leur service client – http://newsgroups.derkeiler.com/Archive/Misc/misc.consumers/2005-09/msg00305.html) à un slogan « Les gens sont malins » et un modèle commercial « Les gens sont stupides ». Leurs produits les « plus populaires » me donnent l’impression d’être conçus pour faciliter la transformation de la valeur nette d’une propriété – un bien – en une nouvelle dette.

Pourquoi est-ce Greenspan a fait ça ? Je pense qu’il a sincèrement cru qu’il y avait quelque chose de différent dans le monde moderne qui avait altéré les lois de la gravité économique. J’imagine qu’il ne voit plus les choses ainsi.

Mais Greenspan n’est plus Directeur de la Fed. Hier, Ben Bernanke à vacillé et dans son vacillement nous avons eu la mesure de l’homme.

Greenspan agissait avec attention, de manière logique et dans l’ensemble prudement. Plusieurs années de données économiques irrégulières sont une indication pouvant faire penser que les règles ont changé. Vous aurez à adopter une approche suisse (700 ans de stabilité) ou chinoise (« nous pensons qu’il est trop tôt pour dire si la Révolution Française fut une bonne idée ») pour vous en tenir à des théories économiques qui sont depuis longtemps en contradiction avec les faits. Greenspan a fait une erreur et elle aura des conséquences énormes pour les États-Unis pendant une génération, mais il y avait des raisons pour expliquer son erreur. Bernanke vient juste de vaciller, il a paniqué, malgré qu’il en sache plus.

Nous avons maintenant une explication rigoureuse de tout ce qui s’est passé. Nous avons fini par comprendre, assez clairement, ce qui ce passe dans le monde. Le vent déflationniste venant de l’Est a été identifié. Nous savons qu’il n’y a pas de miracle de la productivité aux États-Unis, pas de changement dans les lois de la physique ou de l’économie. Nous savons donc que les patients américains sont dépendants à la morphine que procure l’argent facile, traitement qui fut prescrit par le Dr Greenspan avec de bonnes intentions, traitement qui pendant les 7 dernières années a rendu les patients plus malades qu’ils ne l’étaient. De nos jours, l’utilisation de la morphine est une mauvaise pratique; pas une innovation économique. Nous connaissons les conséquences de la morphine – le prix des actions augmente artificiellement (4 % hier, à l’annonce de la piqûre), le prix de l’immobilier fera un bond, les sociétés ne tarderont pas à avoir des difficultés pour rembourser leurs emprunts.

Bernanke pouvait espérer faire ce que Greenspan à fait – se retirer avant que la dépendance ne s’avère totalement flagrante. Trop tard. Alors que la Fed n’a clairement pas envie de l’admettre, les marchés viennent de donner leur point de vue, que le pronostic n’est pas bon. Ils sont assez intelligents pour se rendre compte que tout ce qu’à pu faire Bernanke est de dissimuler les symptômes d’un malaise et nombreux sont ceux qui utilisent l’acalmie passagère pour gagner des lieux plus surs. Je m’attends à ce que le soulagement soit bref, le redressement du marché s’estompera, la déroute a été ajournée mais pas évitée.

J’ai commencé en décrivant l’action de la Fed comme une faillite du commandement économique. Certaines personnes sont assez chanceuses pour pouvoir diriger dans le creux de la vague – ils prennent le pouvoir quand les choses sont en mauvais état et ne peuvent qu’aller mieux. Ils ont pour ainsi dire, l’air de héros même si leur magie n’utilise pas de gris-gris. D’autres ont moins de chance, ils ont la garde d’un bien qui est à son apogée. Dans le cas de Bernanke, il est dans la seconde catégorie. Il doit être capable de parler clairement et franchement de la tâche difficile qu’il faut accomplir aux États-Unis. Il doit faire appel au meilleur du potentiel américain – un enthousiasme à travailler dur, être malin et accepter les conséquences d’un refus de se comporter ainsi. Il doit diriger dans les pires circonstances. Mais c’est le lot du commandement.

Heureusement pour Bernanke, il y a un consensus vis-à-vis de l’indépendance de la banque centrale qui est reconnue comme étant la seule approche crédible pour la conduite de l’économie. En cas de besoin, cette indépendance donne à Bernanke le droit de ne pas être d’accord avec les dirigeants politiques. Compte-tenu des récentes annonces faites par la Maison Blanche – plus de morphine, plus d’endettement pour les pays du monde les plus endettés – il apparaît que l’administration Bush n’a pas la volonté de mettre en place un vrai programme de réhabilitation. Bernanke devra diriger sans soutient politique, ce qui rendra la tâche très difficile. Nos plus grands et plus célèbres dirigeants sont ceux qui ont gouverné en des temps difficiles. C’est également vrai dans le cas des échecs des gouvernements. Apaisement, ou réhabilitation. Chamberlain, ou Chruchill. Jusqu’ici, ce fût Chamberlain.

Origine : Economic oversteering