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Cet article est ma traduction en français d’un billet que Mark Shuttleworth à publié en anglais sur son blog le 4 février 2007.

La tragédie qui se déroule au Kenya nous rappelle qu’une élection irrégulière place le « vainqueur » dans une situation pire que s’il avait perdu loyalement.

Celui qui sera Président à l’issu de cet affrontement de plus en plus malsain héritera d’une économie affaiblie, d’un parlement mécontent et divisé, et d’un peuple qui sait que l’on n’a pas tenu compte de ses souhaits. De plus il sera confronté à un risque accru d’attentat de la part de ceux qui considèrent que l’assassinat n’est pas un crime pire que la fraude électorale. C’est au mieux une victoire à la Pyrrhus. Il sera extrêmement difficile de faire quelque chose dans de telles conditions.

Il y a, cependant, des raisons à l’optimisme dans toute cette misère. Il semble que beaucoup de membres du parlement kényan qui furent dénoncé pour corruption pendant leurs précédents mandats aient été sommairement congédiés par leurs sections locales, en dépit des liens tribaux. Autrement dit, si vos administrés pensent que vous êtes un escroc, ils vous rejetteront même si vous êtes de leur ethnie.

Cela montre les débuts d’une responsabilité politique indépendante – cela montre que les citoyens qui votent au Kenya veulent des dirigeants qui ne soient pas teintés de corruption, même si cela signifie qu’il faut donner son vote à quelqu’un d’une tribu différente. Et c’est la clé du changement dont ont besoin les pays africains, pour faire émerger la démocratie. Les membres du parlement révoqués et les anciens présidents font l’objet d’enquêtes et de jugements, et aucun montant sur un compte en banque, provenant d’un butin mal acquis, ne vaut la honte d’un séjour dans une prison de votre successeur. Comme l’a appris Frederick Chiluba, il n’y a rien de tel qu’une retraite facile lorsque l’on vient d’une administration corrompue.

En fait, c’est comme si ceux qui ont des squelettes dans leurs placards essayaient de se cramponner encore plus au pouvoir, par peur des conséquences s’ils lâchaient prise. L’opinion de Robert Mugabe est sans nul doute qu’un moment amer au pouvoir est préférable à un moment amer après le pouvoir. Mais de plus en plus, ceux qui votent en Afrique découvrent qu’ils peuvent vraiment voter pour le changement. Et les pays limitrophes se rendent compte que certifier que des élections sont libres et loyales alors qu’elles sont loin de l’être, n’est pas bon pour leurs investissements et leurs profils économiques. Cela serait probablement beaucoup plus dur pour Robert Mugabe de rester au pouvoir illégalement s’il était *loin* d’avoir assez de votes pour y rester légalement. Vous pouvez truquer un peu une élection, mais il est très difficile de la truquer lorsque l’électorat tout entier vous abandonne, et quand personne ne vous accorde de la crédibilité.

Pour espérer une retraite heureuse un président actuel doit s’assurer que les institutions qui le (ou la) jugeront dans le futur sont indépendantes et compétentes, s’assurer qu’elles le resteront, et qu’elles garderont leurs mains propres. Cela prendra du temps, mais je pense que nous sommes sur le point de voir des changements salutaires dans les gouvernements devenir la norme et non une exception en Afrique.

Origine : There is no victor of a flawed election