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Cet article est ma traduction en français d’un billet que Mark Shuttleworth à publié en anglais sur son blog le 28 juillet 2008.

J’ai eu l’occasion de faire une présentation à Linux Symposium ce vendredi et j’ai décrit mon espoir que nous puissions améliorer la coordination et le rythme de toute la couche de logiciel libre. J’ai essayé de présenter à la fois les bénéfices évidents et les controverses que l’idée à fait jaillir.

Ensuite, quelques personnes sont montées pour en parler un peu plus, généralement avec un retour positif.

Par exemple, Christophe Curtis a envoyé un mail pour dire que l’idée du regroupement économique dans l’industrie automobile allait bien plus loin que la répartition géographique des vendeurs de voitures. Il écrit :

Premièrement, chaque constructeur de voiture sort ses nouveaux modèles en même temps. Chaque constructeur de voiture a des produits similaires – économique, berline, camionnette. Ils se copient abondamment les uns les autres. Au final, ils optent tous pour un certain profil – ceintures de sécurité, pares-chocs, airbags, freins anti-blocage. Ensuite ils rivalisent férocement (OnStar chez GM ; Microsoft Sync chez Ford) et les gens restent fidèles à la marque. Cela ne va pas être différent dans le monde Linux. Encore mieux, des relations comme Debian->Ubuntu correspondent à des relations comme Toyota->Lexus chez les fabricants de voitures.

Je suis totalement en phase avec lui. Les distributions Linux et les fabricants de voitures sont très semblables : nous vendons des produits qui touchent le public selon le même principe (il y a des spécialistes de niche en temps-réel, en systèmes embarqués ou sur des marchés régionaux) avec une gamme similaire (ordinateur de bureau, station de travail, serveur, mobile) et nous utilisons de nombreux composants identiques tout comme l’industrie automobile a recours à des fournisseurs communs. Cette similitude et la coordination bénéficient à l’industrie automobile et néanmoins les marques et les produits conservent leur identité.

Faisons un petit test de mémoire. Pouvez-vous citer, la dernière version entreprise majeure de votre distribution favorite, les numéros de versions majeurs du noyau, de gcc, de X, de GNOME, de KDE, de OpenOffice.org ou de Mozilla qui étaient livrés ? Et pouvez-vous dire si ces numéros de versions majeurs étaient les mêmes ou différents de ceux des versions entreprise de Ubuntu, SLES, Debian ou RHEL qui furent livrées à peu prêt au même moment ? Je parierais que n’importe quel client dirait qu’il ne se rappelle pas quelles versions étaient utilisées, ou comment elles se situaient face à la concurrence, et aussi qu’il s’en moque. Donc en prenant du recul, les différences dans les versions n’étaient pas un élément discriminant pour le client. Nous pouvons faire la même expérience en nous projetant dans l’avenir. QU’ARRIVERAIT-IL SI vous saviez que les prochaines versions LTS de Linux Ubuntu, Debian, Red Hat et Novell auraient les mêmes numéros de versions majeurs du noyau, de GCC, de X, de GNOME, de KDE, de OO.o et de Mozilla. Cela ferait-il une grosse différence pour vous ? Je parierais que non – du point de vue d’un client, les gens qui préfère X continueront de préférer X. Une personne qui préfère Red Hat restera sur Red Hat. Mais du point de vue d’un développeur, est-ce que cela faciliterait la collaboration ? Énormément.

Une autre personne dans l’assistance est montée pour parler de l’industrie de la mode. Cela convergea aussi vers un modèle très coordonné – les tissus et les technologies « arrivent » en premier, puis les concepteurs présentent leur travail simultanément lors de défilés autour de monde. Le « Printemps 2009″ voit les nouvelles collections de toutes les principales maisons, nombre d’entre-elles réutilisant des idées ou des composants similaires. Cela ne pose pas de problème à leur industrie, cela aide plutôt à prendre conscience du public potentiel.

Le dernier laboratoire, la nature, a aussi opté pour la coordination de la production. Anil Somayaji, qui était dans l’assistance lors de la présentation, a ensuite envoyé ceci par courrier électronique :

En gros, les arbres d’une espèce donnée synchroniseront la production de leur graines en temps et en volume, pour potentiellement combler leurs prédateurs et pour s’accorder avec les conditions environnementales. En effet, les productions synchronisées de graines sont une stratégie qu’utilisent les concurrents pour être sûrs qu’ils auront les meilleurs chances de succès. De façon similaire, si le logiciel libre pouvait « produire ses graines » de manière synchronisée (avec des types de logiciels ou des distributions ayant des plannings coordonnées, mais des logiciels dans différentes niches ayant des plannings différents), cela pourrait maximiser les chances de survie et de prospérité de tous.

Il n’y a pas de doute dans mon esprit que plus nous pourrons donner une « impulsion » forte, en coordonnant les périodes de gels et de publication des pièces majeures de la couche de logiciel libre, plus notre impact sur le marché global du logiciel sera fort, et mieux ce sera pour toutes les sociétés – de MySQL à Alfresco, de Zimbra à OBM, de Red Hat à Ubuntu.

Origine : Economic clustering and Free Software release coordination