Design, expérience utilisateur et développement chez Canonical

23 novembre 2008 | Logiciel Libre, Mark Shuttleworth, Traduction

Lorsque vous vous présentez sur le Web, vous avez 15 secondes pour faire bonne impression, d’où la convergence des champions en herbe de l’industrie du Web 2.0 vers la recette du succès suivante :

  1. Rendez votre site visuellement attrayant,
  2. Faites quelque chose de différent et faites-le très, très bien,
  3. Mobilisez les utilisateurs et offrez-leur une expérience immédiate, gratifiante.

Dans l’utilisation du logiciel libre, nous avons besoin des mêmes célérité, immédiateté et élégance, et c’est un domaine dans lequel Canonical, je l’espère, apporte une contribution significative. Nous recrutons des designers, des champions de l’expérience utilisateur et des visionnaires du design de l’interaction que nous plaçons non seulement à la tête de différents projets chez Canonical mais que nous poussons également à participer à GNOME, KDE et autres projets en amonts, pour améliorer l’utilisabilité des FLOSS.

Heureusement, nous ne travaillerons pas seuls. C’est une idée qui a déjà largement été explorée. C’est génial de voir que des communautés comme GNOME et KDE ont identifié l’expérience utilisateur comme un puissant vecteur d’évolution pour leurs plates-formes. En partie liée au phénomène du Web 2.0 et de l’iPhone, il y a une volonté partagée de voir les FLOSS faire un bon en avant en terme d’utilisabilité et de design. Nous voulons participer et aider à cette avancée.

L’ampleur du défi que nous avons à relever est reconnue. Lorsque j’ai annoncé à l’OSCON, l’objectif de “fournir une expérience utilisateur qui puisse rivaliser avec celle d’Apple dans deux ans”, j’ai eu de nombreuses questions relatives à la façon dont nous pourrions bien nous y prendre pour y parvenir. “Tout le monde se gratte là ou ça le démange, comment pourrez-vous rendre l’interface utilisateur cohérente ?” fut une interrogation récurrente. Et c’est vrai – le logiciel libre est souvent parcellaire et inconsistant. Mais je vois le manque de consistance autant comme une faiblesse (GNOME, OpenOffice et Firefox ont tous des bibliothèques différentes pour le développement d’interfaces utilisateur, et il est très difficile de les accorder) que comme une force – les gens sont libres d’innover, et les résultats font référence au niveau mondial. Notre objectif est d’arriver à de tirer le meilleur de ces deux mondes.

Je n’ai pas de réponses à toutes ces questions. J’ai crois cependant beaucoup en la puissance du processus d’élaboration du logiciel libre pour résoudre des problèmes apparemment insolubles, en particulier sur le long terme. Si nous combinons une vision globale de la conception avec de nouvelles recommandations pour les interfaces utilisateur, nous pourrons nous appuyer sur l’expérience des utilisateurs pour trouver des cas particuliers et des inconsistances dans un plus grand nombre d’applications que ne pourrait le faire une personne ou une seule société. C’est pour cela qu’il est si important pour moi que l’équipe design et interface utilisateur de Canonical participe aussi aux projets en amont.

Dans Ubuntu nous avons toujours eu tendance à considérer les projets en amonts comme “notre ROC”, sous tendant que nous souhaitions que les équipes des projets en amonts soient heureuses de la manière dont nous exprimons leurs idées et leur travail. Plus que heureuses – nous voulons que les équipes des projets en amonts soient enchantées ! Nous concentrons principalement notre effort sur l’intégration. Nos concurrents ont tendance à dire que “Canonical ne contribue pas” mais il serait plus juste de dire que nous mesurons notre contribution dans l’efficacité avec laquelle nous mettons les derniers développements des projets en amonts, en maintenant la sécurité, à la portée de la plus large audience possible pour qu’elle les teste et les adore. À mon avis, c’est une énorme contribution.

Canonical est cependant de plus en plus en situation d’induire un vrai changement dans le logiciel qui constitue Ubuntu. Si nous avions juste montré des images et des prototypes en demandant aux gens de remodeler leur projets, je n’imagine pas que cela aurait été bien reçu ! Nous sommes donc en train de recruter une équipe qui travaillera sur X, OpenGL, Gtk, Qt, GNOME et KDE, avec comme objectif de réaliser une partie du travail important qu’il faut faire pour donner naissance à ces idées. Ces équipes publieront leurs branches Bzr dans Launchpad et soumettrons bien sûr leur travail en amont, et elles participeront aux divers évènements associés aux projets en amont. Certaines personnes que nous avons recruté à ces postes sont des contributeurs familiers du monde FLOSS, d’autres seront des développeurs ayant des compétences techniques avérées dans d’autres industries.

Un principe fort que nous voulons préserver est l’idée que Ubuntu, l’équipe travaillant sur la plate-forme, est principalement concentrée sur l’intégration et la distribution. Nous maintiendrons bien la séparation entre cette équipe et le travail réalisé en amont afin de minimiser tout conflit d’intérêt dans le choix des correctifs, des modifications et des applications qui sont livrés chaque six mois dans le cadre d’une version de Ubuntu.

Évidemment, il y a un risque à participer, car vous ne pouvez pas facilement participer sans exprimer vos opinions, visions, désirs, buts, et ceux-ci peuvent entrer en conflit avec ceux des autres participants. C’est difficile de mener à bien le changement, même lorsque les gens sont d’accord sur la nécessité de ce changement. J’espère que nous pourrons trouver des façons d’explorer et d’expérimenter de nouvelles idées sans provoquer de blocage au sein d’équipes diverses et distribuées. Nous devons utiliser nos atouts, en particulier la capacité de diverger à des fins d’expérimentation pour voir ce qui fonctionne vraiment avant de mettre tout le monde au travail. Ce sera un défi, mais je pense que c’est faisable.

Tout ceci fait que je vais travailler avec entrain le matin, car nous sommes esquissons des idées tout à fait intéressantes qui touchent à l’interaction de l’utilisateur dans Launchpad et sur le poste de travail. L’équipe s’entend très bien, et j’apprécie beaucoup la manière dont les choses se passent, la réflexion et le prototypage. Je suis impatient de voir ces idées arriver au stade de la production !

Source : Design, user experience and development at Canonical - Traduction : Bernard Opic

  1.  Lire les 5 commentaires

  2. J’ai eu la distribution SuSE 7.3, puis Debian 3.0. Depuis, j’ai migré sous Ubuntu, de la version 5.10, et , maintenant, j’utilise la 8.04: je trouve que l’ergonomie s’est considérablement améliorée, et ce, de version en version. Avant cela, souvent, les “drivers” étaient disponibles pour bien des périfériques, mais, leur configuration était parfois chose difficile. Pour installer une Ubuntu il faut actuellemnt 1h (lancer le CD ROM, répondre à 2-3 questions, aller boire un café), et tout est fonctionnel (et à jours!). Une autre chose que j’aprécie chez Canonical est le fait de lancer des projets open source pour les outils de configuration. Le site web d’Ubuntu est aussi une ressource de grande qualité (articles abordables, et fonctionnels). En bref, je pense vraiment que le succès d’Ubuntu est pleinement mérité !

    Par Scandyna le 23 nov 2008

  3. merci!

    Par soliste le 23 nov 2008

  4. Très intéressant de voir que Canonical veux améliorer l’expérience utilisateur de la distribution, notamment au niveau de la cohérence et de l’intégration générale. Cependant ce message me reste un peu en travers de la gorge car Mark avait déjà sous entendu la même chose avec le nouveau thème qui devait arrivé dans Intrepid (et avant dans Hardy mais repoussé…). Au niveau du design donc, ils ont pondus cet affreux thème Dark room qui n’a vraiment rien de révolutionnaire et est même une regression dans bien des points. J’ai hate de voir comment ils vont rentre Ubuntu aussi beau qu’un MacOs en 2 ans alors qu’ils ont mis un an pour faire un thème affreux… A suivre donc :p

    Par splach le 23 nov 2008

  5. Le fait qu’une entité qui dispose des moyens de Canonical se penche sérieusement sur le problème de cohérence et d’intégration, et aille jusqu’à recruter des gens pour qu’ils s’y consacrent ouvre de perspectives intéressantes. J’ose même espérer que peut être un jour on puisse disposer d’une interface cohérente et ergonomique qui rivalisera avec ce qui se fait de mieux dans le monde du propriétaire :)

    Par Thomas le 23 nov 2008

  6. Personnellement, j’utilise Ubuntu depuis la 5.04 mais j’ai déjà fleureté avec d’autres distribution auparavant : Red Hat, Mandrake (désormais Mandriva) et debian. J’ai donc vu quelles étaient les évolutions les plus importantes dans l’installation et l’utilisation et l’ergonomie et je tire mon chapeau à tous pour avoir su faire sortir linux de la réputation que cet OS avait : “Linux ? euh je connais pas !” ou encore “Ah mais c’est pour les geeks !”
    Désormais abordable pour n’importe quel utilisateur lambda il manque encore quelques améliorations pour vraiment percer. Au moins si les éditeur de logiciels et de jeux se prennaient à la partie…

    Je vois de l’originalité, du nouveau dans le monde du “Bureau”. Je voudrais juste citer bumptop qui m’a surpris et j’imagine qu’on peut encore exploiter la modélisation 3D dans l’utilisation courante du bureau. Comme dans les films où toutes ces interfaces ne sont que compositions graphiques

    Il faudrait aussi partir en se sens même si tout le monde se réfère au bon VIEUX principe des fenêtres et de la souris. Rêvons un peu, le principe du libre nous le permet et les ressources sont quasiment illimités !
    On peut dire que MacOS, même s’il est beau, a du souci à se faire.

    Par Loxnet le 24 nov 2008

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