C’est un problème de solvabilité, pas un problème de liquidité

Cet article est ma traduction en français d’un billet que Mark Shuttleworth à publié en anglais sur son blog le 9 octobre 2008.

L’expression “resserrement du crédit” est très trompeuse concernant la crise actuelle. Elle suggère qu’il s’agit simplement d’un problème de confiance, que le calme reviendra si des liquidités sont injectées dans le système.

Mon point de vue, cependant, c’est que le vrai problème est un problème de solvabilité. C’est la faillite systémique de 2008.

Les prêts hypothécaires ne sont que le début.

À des taux d’intérêt réels, avec de vraies attentes d’un taux de rentabilité raisonnable, la plupart des opérations qui ont été faites depuis 2003 n’ont pas de sens économique. Jusqu’à présent, l’accent a été mis sur une partie du problème – les mauvais prêts hypothécaires – mais je pense que nous allons rapidement voir surgir de nouvelles zones problématiques parmi lesquelles figureront les transactions sur les titres non cotés faites sur la base de l’argent gratuit, entre 2003 et 2007. Je me souviens d’une déclaration stupide de certains génies des titres non cotés disant que “tout le monde se presse pour faire la première opération à 100 milliards de dollars”. Et bien, ils se sont se sont cassés le nez. Attendez-vous à un flot régulier d’annonces d’échecs, de restructurations et de faillites car les sociétés qui ont été achetées avec de l’argent emprunté ne seront à leur tour pas en mesure d’honorer de leurs dettes.

Des taux d’intérêts plus bas n’atténueront que les symptômes.

La réduction spectaculaire des taux d’intérêt contribuera à ralentir le rythme auquel nous devrons faire face aux faillites, mais elle ne changera pas la froide réalité de la situation, et elle risque bien de faire empirer les choses en encourageant une autre série de spéculations basées sur l’argent gratuit. Nous sommes une fois de plus dans une situation où le taux d’escompte des États-Unis est en fait un taux d’intérêt réel négatif, comme un cadeau aux banques, mais quelle que soit la durée, y rester nous remettra dans un état de dépendance.

Les interventions doivent cibler les fonds et la force des banques, pas les liquidités.

Je pense que la dernière action du Royaume-Uni visant à acheter des participations est pour l’instant la meilleure réponse. Elle améliore de façon spectaculaire la capitalisation de ces institutions, elle met le bénéfice de cette hausse dans les mains des contribuables (ils supportent les difficultés et le financement du renflouement, il paraît juste de les faire profiter du résultat) et elle dissout les actionnaires existants qui ont permis à leurs institutions de devenir insolvable. Personnellement, je serais enclin à faire plus que de diluer ces actionnaires.

Je ne vois pas que la transaction actuelle de 700 milliard de dollars fera une réelle différence pour les banques américaines. Je m’attends à ce que les États-Unis annoncent bientôt une action similaire à celle du Royaume-Uni, mais les chiffres devraient être plus importants. Dans une proportion inquiétante. Il vaut bien mieux pour les États-Unis qu’ils fassent cela, plutôt que d’attendre que des pays d’Asie et du Moyen-Orient s’engouffrent dans la brèche.

Ceux qui font des dépôts dans des banques réglementées devraient être protégés par les gouvernements qui gèrent les autorités de régulation. Les actionnaires moins. Les porteurs d’obligations … peut-être.

Je pense que l’Irlande et les autres pays qui ont garanti les dépôts individuels ont fait la bonne chose. Les gouvernements mettent en place des autorités de régulation, et les banques font de la publicité pour faire savoir qu’elles sont réglementées. Les personnes qui nomment ces régulateurs doivent soutenir leur approche – ils doivent offrir la garantie qu’ils soutiendront leur produit, et s’il est défaillant, qu’ils soutiendront ceux qui leur ont fait confiance. Ceux qui font des dépôts dans des banques du Royaume-Uni ne doivent pas craindre que ces banques puissent faire faillite – ce type de faillite doit au pire affecter le taux d’intérêt qu’ils reçoivent, pas l’intégrité de leur capital. Les actionnaires de ces banques devraient par contre être très inquiets. Une question intéressante se pose pour les porteurs d’obligations et les déposants institutionnels. D’un côté ce sont des investisseurs avisés et ils devraient être responsables de leurs obligations. D’un autre côté, ce sont les seuls qui peuvent provoquer des mouvements de fonds massifs en valeurs mobilières ou en bons du trésor, il est par conséquent préférable de les ménager. Je les mettrais donc aussi avec les déposants individuels.

La rémunération des dirigeants devraient être structurée, pas fixe.

Il y a eu beaucoup de discussions sur la limitation de la rémunération des dirigeants. C’est juste une invitation pour des armées de consultants, d’avocats et de comptables à travailler autour de ce que sont les limites des rémunérations misent en place. Et franchement, j’ai du mal à comprendre comment les hommes politiques, qui se votent constamment des salaires et des comptes de dépenses toujours plus gros, sont qualifiés pour fixer les salaires des dirigeants de banques. Ils ÉTAIENT responsables de la rémunération des dirigeants de Fannie et Freddie, et ce ne fut pas un brillant succès.

Ce que je dirais, cependant, c’est que les gains de l’institution financière ne devraient être reconnus qu’après une période de sept ans, et les primes basées sur ces revenus devraient être gardées en dépôt jusqu’à ce que cette période de sept ans soit terminée. Imaginez si l’on pouvait maintenant puiser dans les primes acquises par des employés des banques d’investissement au cours des sept dernières années afin de renforcer les bilans de ces banques. Cela inclurait les primes versées à M. Fuld, M. Greenberg et M. Greenspan. Quelqu’un veut faire les comptes ? Je pense que ce serait important.

Je suis nerveux.

La grande question que je pose est de quel côté n’y-a-t’il pas de mines ? Mon équipe et moi-même avons eu la chance de sortir de nombreux marchés avant le déferlement de crainte actuel. Nous avons eu quelques problèmes, mais nous avons évité les boulets de canons. Jusqu’ici tout va bien. Mais que signifie avoir de l’argent à la banque, lorsque les banques elles-mêmes font faillite ? Que signifie avoir des dollars, quand le dollar est dévalorisé dans des proportions familières à la Reserve Bank of Zimbabwe ? Ce sont des moments très dangereux, et personne ne devrait penser autrement.

Source : It’s a solvency problem, not a liquidity problem

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  1.  Lire les 3 commentaires

  2. Il serait judicieux de donner la date de cette intervention de MS. En effet, elle date d’octobre 2008, et non pas de mai 2009, ce qui change du tout au tout son interpretation…

    Par Aurel le 16 mai 2009

  3. Merci d’avoir souligné ce décalage de dates, entre la parution de l’article original et sa traduction. Je suis en train de rattraper le retard que j’ai pris dans mes traductions.

    Par Bernard le 17 mai 2009

  4. Ooch ! Votre discours tranche avec le (semi) optimisme d’une reprise courant 2010. La crise actuelle est d’origine bancaire. je fais partie dde ceux qui pensent que l’interventionnisme de l’état (par de la régulation) est la seule solution efficace à long terme…

    Par David le 20 mai 2009

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